Le Fair-Play Financier, une entrave à la concurrence ?

Adoptée en mai 2010, le Fair-Play Financier (FPF) est une mesure de l'UEFA ayant pour objectif de réguler les dépenses des clubs de football professionnels afin de les empêcher de dépenser plus que les revenus qu'ils génèrent. La règle est la suivante : les clubs ne doivent pas dépenser plus d’argent qu’ils n’en gagnent avec une tolérance de 45 millions d’euros de déficit.

En cas de non-respect du principe de Fair-Play Financier, l’UEFA peut adresser des sanctions au club, qui vont du simple blâme jusqu’à l’exclusion pure et simple des compétitions européennes en passant par l’interdiction de recruter de nouveaux joueurs pour participer aux compétitions européennes.

Concernant l'application de cette règle, elle se base sur les critères suivants :

  • Les revenus déterminants pris en compte : billetterie, droits de diffusion, sponsoring et publicité, cessions de joueurs et cession de biens.
  • Les coûts déterminants pris en compte : coûts d’acquisition des joueurs, amortissement des joueurs, charges financières (salaires notamment), dividendes aux actionnaires.
  • Exclusion cependant : des investissements dans les stades, des installations d’entraînement et du coût de formation.

Bien que sur le principe cette règle vise à assurer la pérennité financière des clubs de football professionnels, celle-ci a également des conséquences sportives et financières néfastes pour de nombreux acteurs.

En effet, l’un des effets du FPF est la limitation des investissements (pour les derniers arrivants) de sorte que l’on peut s’interroger sur la compatibilité de cette règlementation avec le droit européen de la concurrence dans la mesure où celui-ci interdit les accords entre entreprises visant à limiter les investissements (article 101 TFUE sur les ententes).

Dans les faits, cela se traduit de la façon suivante, les clubs bénéficiant d'une position dominante sur le plan financier se retrouvent avantagés vis-à-vis des clubs moins riches ou en cours de développement car le FPF entrave le développement de nouveaux entrants (« les nouveaux riches ») en limitant les investissements non financés par des revenus déterminants (entrave directe) mais aussi de manière indirecte.

Diverses études économiques ont démontré qu’il existe des relations fortes entre investissements, résultats sportifs et revenus sur le long terme. Plus précisément, les investissements sur les joueurs ont une influence positive et significative sur les performances sportives : processus parfois lent (exemple de Chelsea : rachat en 2003 par R. Abramovitch mais vainqueur de la ligue des champions 9 ans après seulement).

En résumé, si un club souhaite investir massivement dans son développement afin d'être de plus en plus concurrentiel, il ne pourra le faire que de manière limitée puisqu'il devra respecter le FPF. Il apparaît donc difficile pour certains clubs de rattraper leur retard sur les clubs déjà très développés économiquement. Ils se retrouvent donc dans l'impossibilité de réaliser d'importants investissements pour combler leur retard sur les grands clubs historiques.

On peut également évoquer le fait qu'il existe une influence positive des résultats sportifs sur les revenus : les droits télévisuels sont fonction des résultats sportifs et les très bonnes performances sportives permettent d’augmenter la vente des produits dérivés.

En résumé, les investissements importants favorisent l’obtention de résultats sportifs excellents lesquels entraînent des revenus et des bénéfices importants, eux-mêmes réinvestis pour l’achat de nouveaux joueurs. Cela constitue un cercle vertueux.

Le FPF, en limitant les investissements non financés par des revenus risque de pérenniser la faible incertitude relative aux résultats des compétitions et conduit à considérer 2 catégories de clubs :

  • Ceux qui avaient un stock de joueurs au moment de l’application du FPF (favorables au système comme le Bayern de Munich notamment) ;
  • Les clubs plus « jeunes » qui ne disposaient pas d’un tel stock de joueurs et mettront forcément du temps à mettre en place ce cercle vertueux entre résultats sportifs, profits et investissements.

Les clubs appartenant à la première catégorie (Bayern Munich, Real Madrid, Manchester United, FC Barcelona, etc.) sont donc avantagés par le FPF vis-à-vis des nouveaux clubs riches (Manchester City, PSG, etc.) car ils ont pu réaliser librement d'importants investissements financiers qui leur ont permis d'être très compétitif sur le plan sportif et ainsi de générer d'importants revenus leur permettant de maintenir leurs positions de clubs dominants.

Face à ces concurrents, certains clubs comme le PSG tentent de trouver des failles dans la réglementation imposée par l'UEFA afin d’investir dans l'achat de nouveaux joueurs (Neymar, MBappé) leur permettant de concurrencer les cadors européens.

Ceci étant, on peut comprendre que l’UEFA veuille éviter l’hypothèse d’une faillite d’un club au milieu d’une saison mais compte tenu des failles liées au FPF n’existe-t-il pas d'autres options afin d'assurer une libre concurrence sur le marché tout en assurant l'équilibre financier des clubs professionnels ?

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